XII

La maison s'est refermée sur un triple silence. L'ange a scellé la bouche de Zacharie, mais son remords l'enclot dans un silence encore plus étroit. L'âme de Zacharie s'emprisonne d'une prière farouche. Elle a l'âpreté des déserts où Jean mûrira sa prophétie. Les aigles ont senti ce drame. Quand le grand prêtre monte à sa terrasse pour la récitation muette des psaumes, ils s'assemblent. Les uns planent, d'autres se posent. Étirant leurs ailes, cachant leur tête aiguë sous les plumes, ils veillent, séraphins de la nuit, sur la souffrance de Zacharie. Le Baptiste est l'enfant d'une prière désolée. Il est l'enfant d'un immense remords. Au-delà des siècles de la tristesse et de la servitude, les cris de Job le poussent au désert. Vêtu de la peau du bouc, il en assumera les imprécations millénaires. Le repentir de Zacharie porte l'écho des plaintes clamées aux fleuves de Babylone. Il en imprègne l'enfant. Il en nourrit son âme.

La maison s'est refermée sur un triple silence. Rares sont les propos d'Élisabeth et de Marie. L'Esprit a poussé la Vierge vers un silence qu'elle n'aurait pu trouver à Nazareth. Chez elle, mille travaux retenaient son attention. Elle devait visiter ses malades. Les petits enfants lui réclamaient des histoires. Zacharie est riche. Un intendant veille à ses troupeaux et dirige ses serviteurs. Des servantes accomplissent toutes les tâches de la maison. Pour Marie, ces trois mois auprès d'Élisabeth sont une retraite. Dans la prière et le silence elle revit l'annonce angélique.

Elle lit et relit dans l'Intelligence devant elle déployée. Éclair par éclair, elle y déchiffre son mystère. Gabriel est un reflet anticipé de Marie. Il est l'annonce et le miroir du consentement. Dans l'empennure rutilante s'inscrit un avenir de douleur. Sans doute Marie ne le comprendra vraiment qu'au jour où le vieillard Siméon, ce Gabriel de la Compassion, lui présagera un glaive de douleur. Déjà pourtant elle revit un acquiescement chaque heure plus exigeant.

Ici tout s'accorde à cette méditation. Élisabeth prie et médite elle aussi – Élisabeth, porte de l'ancienne Alliance vers la Nouvelle. Nul ne vivrait en ce burg s'il n'était pur. Les chevriers, éprouvent une crainte en y parquant leurs troupeaux. Le paysage lui-même est silence. Un paysage sans connivence où l'arête des monts tranche le ciel d'un trait vif. La rigueur du roc sur les crêtes, les pentes pierreuses où brillent métalliques quelques chardons, l'éclat fulgurant des calcaires en contrepoint des ombres crues provoquent l'âme. Au loin la plaine comble d'azur est une promesse de paix. Pourtant, engloutie dans la lumière, elle brûle de la même ardeur que les monts. Dans cette bourgade de Judée tout est feu. Marie s'est retirée au cœur du Buisson Ardent.